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Introduction par Samy Simon. 00:33

Première partie du témoignage de Josef Stuna. 03:23

Témoignage d'Alena Tesarova. 01:01

Deuxième partie du témoignage de Josef Stuna. 01:45

Terezin. Josef Stuna et Alena Tesarova, 1945 (fichiers audio)

Témoignages de Josef Stuna et d'Alena Tesarova, octobre 1945
(témoignages recueillis par Samy Simon, diffusés un an après, le 30 octobre 1946 dans une émission radiophonique en hommage à Robert Desnos)

Témoignage de Josef Stuna
"A ce moment là, il y avait à Terezin une terrible épidémie de typhoïde, qui faisait rage parmi les internés, que les Allemands avaient laissés à Terezin, et parmi les gens qui étaient évacués d'autres camps d'Allemagne.
A ce moment là on recherchait des volontaires pour combattre cette épidémie là, alors moi et mademoiselle Tesarova nous sommes venus pour aider de toutes nos forces."

[question de Samy Simon : "Et à quel moment vous avez eu connaissance de la présence de Robert Desnos au camp ? '']

"C'était un matin où je mesurais la température de ma baraque. C'était la baraque n°2 où nous nous trouvons en ce moment là (sic).
A ce moment, j'ai lu sur la feuille de température le nom de Robert Desnos, né à... né en 1900 à Alençon (note : Robert Desnos est né à Paris). Euh... Je me souvenais que j'avais lu avant la guerre, traduites en tchèque, des poésies d'un homme de ce nom là. Ça ne me semblait pas possible. J'aimais beaucoup ces poésies. Je suis allé à la baraque n°2 et là j'ai trouvé un homme qui était couché sur sa paillasse en papier. Il était si maigre, il portait des lunettes, il avait un grand nez, de grands yeux clairs, enfin il ressemblait tout à fait à une photographie que j'avais vue dans le livre Nadja, du poète surréaliste André Breton.
Je m'approchais de lui et je lui posais la question : "Connaissez-vous le poète Robert Desnos ?"
Je n'oublierai jamais son regard à ce moment.
Cette question tombait sur lui comme un soleil, ou comme une pluie de fleurs dans une cage, ou dans une prison.
Parce que... il faut s'imaginer que nous étions dans une baraque pourrie, comme vous la voyez, qui était à moitié chambre de mort et à moitié une latrine, une baraque qui, comme vous le voyez encore, était ouverte à tous les vents et pourtant qui était empestée par les ordures des malades.
A ce moment là il a toujours été magnifique. Il ne se plaignait jamais, on ne pouvait pas lui trouver un moment de faiblesse. Quelquefois, il retrouvait un peu de forces pour nous parler, à mademoiselle Tesarova et à moi. Il nous parlait de Paris, de ses amis artistes ou écrivains, de sa femme. Il nous invitait chez lui, il nous disait :
"Vous viendrez me voir et je vous ferai connaître mes amis" ; "je vous conduirai chez Picasso", il nous disait une fois.
Il était plein d'énergie et de confiance."

Témoignage d'A. Tesarova sur les derniers instants de Robert Desnos
"Quelques gestes de temps en temps, quelques mouvements de la bouche, il a essayé de former un mot, que nous n'avons pas pu comprendre.
La dernière nuit nous avons passé ensemble avec lui (sic), nous avons encore essayé de lui faire des piqûres, mais en vain.
Et il est mort plus calmement, vers le matin, à 5 heures et demi à peu près. [...] Nous étions présents.[...] A ses derniers instants, il avait plutôt une expression, je dirais presque heureuse."

Suite du témoignage de Josef Stuna
"Devant sa mort nous avons compris que c'était non seulement un grand artiste, un grand poète, ça nous le savions déjà, parce que comme je vous ai dit je lisais ses poèmes avant que je savais jamais (sic) que j'aurais l'honneur de le rencontrer...
C'était non seulement un grand poète mais c'était ce que vous appelez un homme, un homme complet, un homme dans le plein sens du mot, un homme qui, nous l'avons vu, qui savait mourir comme un homme fort physiquement et moralement.
[...]
En ce temps là, au camp de Terezin, il mourait tant de gens qu'on devait brûler les cadavres, à cause d'hygiène (sic). Souvent il fallait brûler les corps à trois ou quatre ensemble. Mais pour lui j'ai obtenu qu'il soit incinéré à part, pour ça c'est moi-même après l'opération qui ai recueilli le petit tas de cendre dans une boîte... Je l'ai remis avec ses lunettes à l'ambassade de France. Le reste de ses affaires, malheureusement, n'a pas été retrouvé".

Tag(s) : #Terezin, #Robert Desnos 1944 1945, #Robert Desnos temoignages, #Josef Stuna

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