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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, fonds Desnos. Reproduction interdite
Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, fonds Desnos. Reproduction interdite
Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, fonds Desnos. Reproduction interdite

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, fonds Desnos. Reproduction interdite

Cette lettre n'est pas écrite de la main de Desnos. C'est la traduction de la lettre adressée par Desnos à Youki, alors qu'il se trouve au camp de Flöha.

Les lettres que les déportés sont autorisés à envoyer à leurs proches (une lettre par mois) doivent être écrites en allemand (un déporté alsacien se charge de la traduction).

Les destinataires de ces lettres, en France, doivent à leur tour se faire traduire les textes allemands. Ils peuvent répondre mais la réponse doit aussi être rédigée en allemand.

Une lettre par mois : Desnos écrit celle-ci en deux temps. D'abord le 4 juillet, jour de son anniversaire. Il la complète ensuite le 15 juillet.

Desnos a des idées de poèmes, de roman, un roman d'amour. Il pense  au retour à la liberté, à ses retrouvailles avec Youki. Mais il reçoit plus de nouvelles de ses amis (lettres, colis) que de Youki dont il attend une lettre qui tarde à venir ("J'espère en cette lettre et en notre vie à venir ").

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Flöha 15 juillet 1944


Mon amour,

Notre souffrance serait intolérable si nous ne pouvions la considérer comme une maladie passagère et sentimentale. Nos retrouvailles embelliront notre vie pour au moins trente ans. De mon côté, je prends une bonne gorgée de jeunesse ; je reviendrai rempli d’amour et de forces ! Pendant le travail un anniversaire, mon anniversaire fut l’occasion d’une longue pensée pour toi. Cette lettre parviendra-t-elle à temps pour ton anniversaire? J’aurais voulu t’offrir cent mille cigarettes blondes, douze robes des grands couturiers, l’appartement de la rue de Seine, une automobile, la petite maison de la forêt de Compiègne, celle de Belle-Isle et un petit bouquet à quatre sous. En mon absence achète toujours les fleurs, je te les rembourserai. Le reste, je te le promets pour plus tard.

Mais avant toute chose, bois une bouteille de bon vin et pense à moi. J’espère que nos amis ne te laisseront pas seule ce jour. Je les remercie de leur dévouement et de leur courage. J’ai reçu, il y a huit jours, un paquet de Jean-Louis Barrault. Embrasse-le ainsi que Madeleine Renaud. Ce paquet me prouve que ma lettre est arrivée. Je n’ai pas reçu de réponse, je l’attends chaque jour.

Embrasse toute la famille, Lucienne, tante Juliette, Georges. Si tu rencontres le frère de Passeur, adresse-lui toutes mes amitiés et demande-lui s’il ne connaît personne qui puisse te venir en aide. Que deviennent mes livres à l’impression ? J’ai beaucoup d’idées de poèmes et de romans. Je regrette de n’avoir ni la liberté ni le temps de les écrire. Tu peux cependant dire à Gallimard que dans les trois mois qui suivront mon retour, il recevra le manuscrit d’un roman d’amour d’un genre tout nouveau. Je termine cette lettre pour aujourd’hui.

Aujourd’hui 15 juillet, je reçois quatre lettres, de Barrault, de Julia, du Dr Beuret et de Daniel. Remercie-les et excuse-moi de ne pas répondre. Je n’ai droit qu’à une lettre par mois. Toujours rien de ta main, mais ils me donnent des nouvelles de toi ; ce sera pour la prochaine fois. J’espère en cette lettre et en notre vie à venir. Mon amour, je t’embrasse aussi tendrement que l’honorabilité l’admet dans une lettre qui passera par la censure. Mille baisers. As-tu reçu le coffret que j’ai envoyé à l’hôtel, à Compiègne?

Robert

Youki et Desnos à Montparnasse, 1931

Youki et Desnos à Montparnasse, 1931

Tag(s) : #Robert Desnos 1944 1945, #Bibliothèque littéraire Jacques Doucet

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