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Desnos résistant. Récit de Marie-Claire Dumas

Le 29 mai 2013, à Royallieu. Mme Marie-Claire Dumas nous a raconté comment Robert Desnos, poète pacifiste, s'est engagé dans la Résistance, en 1942.

("Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille !")

"Durant l'Occupation Desnos est à Paris. Ce poète surréaliste qui aime l'amour, la poésie, qui aime le rêve, est très attaché à la liberté. Son motif de lutte fondamental, c'est sauver la liberté de chaque individu et celle de tous. Il n'y a pas pour lui un mouvement immédiat de résistance, mais il très sensible à l'atmosphère de Paris occupé. La pression de l'occupant se fait de mois en mois de plus en plus lourde, en particulier la pression sur les individus, ce que Desnos perçoit très bien, en particulier tout ce qui est mesures antisémites, décidées par l'occupant et par Vichy. C'est cela qui le fait réagir. On peut dire que Desnos entre véritablement, de manière engagée, dans un réseau de résistance, en 1942, après la rafle du Vel' d'Hiv. C'est après cette rafle des juifs à Paris, des juifs rassemblés et déportés ensuite dans les camps d'extermination, qu'il entre véritablement dans la lutte. Plus que la défense du territoire français, pour Desnos ce qu'il faut défendre c'est la vie et la liberté humaine.

Desnos entre dans un réseau de résistance directement lié à l'Intelligence Service anglais, il fait du renseignement.

Ce réseau, le réseau "Agir", informe l'Angleterre sur la situation en France, sur les déplacements des troupes allemandes.

Desnos fournit des renseignements qui viennent du journal dans lequel il travaille, le journal "Aujourd'hui". Ces renseignements arrivent au journal directement de Berlin et de Vichy. Desnos participe aux conférences de rédaction, il y glane des renseignements, il reste tard le soir, va voir sur le bureau du directeur les papiers qui s'y trouvent, quelquefois même emporte les papiers chez lui pour les ramener le lendemain.

Desnos ne fait pas que du renseignement, il fait aussi des faux-papiers pour les personnes en difficulté, pour des juifs, pour des résistants.

En 1943, l'Allemagne nazie prend conscience que le sort des armes tourne à son désavantage. Elle augmente la pression sur la France, c'est le moment où les jeunes gens sont requis pour le Service du Travail Obligatoire, le S.T.O.

De plus en plus de jeunes résistent en se cachant.

Desnos a dans son entourage un jeune homme, Achille Louette (qui prendra ensuite le nom d'Alain Brieux), qui veut échapper au S.T.O.

Desnos et sa compagne, Youki, cachent Alain Brieux chez eux, 19 rue Mazarine, pendant plus de 6 mois. Le jeune homme est mis à contribution par Desnos pour la fabrication des documents destinés à l'Angleterre. Desnos rapporte des papiers importants qu'il ne peut pas recopier mais qu'Alain Brieux photographie, avant que Desnos ne les ramène au journal le lendemain matin.

Robert Desnos fait donc du renseignement depuis juillet 1942, mais il est aussi entré en contact avec André Verdet, poète qui travaille dans le réseau de résistance "Combat", orienté vers l"action immédiate", c'est-à-dire des coups de main. Verdet entraîne Desnos, qui travaille ainsi dans deux réseaux. Les coups de main des deux poètes n'ont pas été d'une efficacité évidente. Mais fin 43, début 44, les réseaux sont infiltrés par des "taupes", des dénonciateurs. Le réseau "Agir" est infiltré, Desnos est arrêté le 22 février 44. Il est interrogé plusieurs fois, la première fois de façon violente. La présence chez lui d'un réfractaire au S.T.O a pu être l'un des motifs de son arrestation. Desnos a dit ensuite que ce n'était pas pour cela qu'il avait été arrêté. Pourquoi il a été arrêté, il le dit peut-être dans le Veilleur du Pont-au-Change, quand il lance un appel à toute la Terre pour lutter contre le nazisme : "Moi aussi, j'ai tué mon Allemand". Desnos est-il allé jusque là, dans Paris occupé où il n'était plus possible de vivre, sinon dans une traque perpétuelle ? Pour aller de chez lui, rue Mazarine, jusqu'à son journal, près de l'Opéra, il passait par le Pont-au-Change.

On ne connaît pas le "vrai motif" pour lequel Desnos aurait dû être arrêté. Mais on sait ce qui a conduit à son arrestation. Desnos était une "grande gueule", il n'hésitait pas à proclamer partout ses positions antinazies, mais sans jamais parler de ses activités de résistant. Il n'était pas étourdi, il voulait réveiller l'opinion en disant "il faut résister, se préparer à la lutte". Il l'a fait en particulier fin 43, parce qu'il pensait comme beaucoup d'autres que le débarquement allié était proche. Mais Desnos ne sera pas là lorsque Paris sera libéré en août 44."

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Tag(s) : #Robert Desnos 1944 1945, #Robert Desnos temoignages, #Royallieu

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